7. Instagram

Qui pèse lourd.

A 30 ans et 18 heures
9 min ⋅ 02/04/2023

                Pour Chloé, Instagram n’est pas seulement un réseau social où on perd son temps à se faire aimer souvent pour ce qu’on n’est pas ou peu, où on perd son énergie à s’exposer régulièrement sans se montrer tel qu’on est véritablement. Semblables à des acteurs de l’absurdité, des singes de laboratoire, des imposteurs passant à côté du réel, du présent et des sentiments. Non, dans son cas personnel, Instagram représente un échauffement, un avant-gout du roman. Hashtag teasing. Sous ses photos de Paris et quelques selfies, elle s’applique vraiment. Comme vous le savez déjà, elle écrit des textes dans lesquels elle transmet ses pensées et sa salive débordantes. Où elle confie des épisodes de sa vie, toujours romancés mais jamais inventés. Une façon de se faire la main mais aussi de prendre la température : est-ce qu’elle plait ? Elle et ses lettres emmêlées ? Elle et ses procédés ? Elle a commencé cet exercice depuis peu - avant elle trouvait ça égocentrique et impudique de se dévoiler sur la toile - et aujourd’hui elle doit avouer qu’elle y a pris gout. Chloé trouve agréable de parler de sujets sérieux sur Instagram, réputé frivole et de dresser les poils vers le haut, de décoller du sol. Et elle doit bien reconnaitre que ça ne fonctionne pas trop mal, elle a beaucoup de retours positifs. Elle ne s’attendait pas à recevoir autant de commentaires et de messages qui la félicitent ou l’encouragent. Elle pensait sincèrement que ces mots allaient se faire bouffer par le vide du virtuel et non qu’ils tomberaient dans des oreilles humaines. Des oreilles qui, les unes collées aux autres, commencent à former une petite communauté. Une jolie caisse de résonance. C’est simple, à chaque fois qu’elle touche quelqu’un qui n’est pas de son entourage, ça la scotche et lui réchauffe le cœur. Elle se dit qu’elle sait peut-être vraiment jouer avec les mots, leurs formes et leurs fonds, leurs sens et leurs sons, en respectant toujours la grandeur de leur émotion. Elle n’a alors peut-être pas tort de se lancer dans un projet si dingue, de s’impliquer autant dans ce roman qui parfois lui semble être, dans ses mauvais jours, un caprice d’enfant, une fuite en avant, un hobby de riche ou une perte de temps. 

 Le vide. Le blanc. Le néant.

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A 30 ans et 18 heures

Par Chloé Ivastchenko

Journaliste polyvalente multimédia depuis 2012.

Passée par L’express, Grazia, Webedia, Putsch.

L’encre est ma salive.