4 bis. Ruptures (2ème partie).

Qui lui font épouser l'écriture.

A 30 ans et 18 heures
16 min ⋅ 05/02/2023

La troisième rupture est différente des deux autres. Elle n’est pas personnelle et surtout elle est fortement désirée, soit « conventionnelle » : en ce mois de mai, la jeune femme fête sa liberté... et le chomdu. Un duo qu'elle a déjà connu mais qu’elle ne redoute et ne subit absolument pas. Bien au contraire. Elle aura le temps de se consacrer à son rêve d’enfant. Celui que vous connaissez désormais tous. Récemment, Chloé a donc quitté son poste de journaliste beauté. Oui "beauté". Après avoir été journaliste société/culture, la jeune pousse a dû s'adapter et saisir l'opportunité qui se présentait. Elle ne l'a pas fait de gaité de cœur, étant passionnée par les news société/culture, mais elle ne l'a pas fait non plus à reculons. La jeune femme aime découvrir de nouvelles choses, avoir d'autres flèches à son arc. Mais ça ne l'a pas fait. Elle n’a pas aimé. Pas forcément à cause des sujets beauté mais à cause de plusieurs choses pas très jolies. Raison 1 : Le manque d'interview, de rencontre et de terrain. Enfermée dans un open space, elle s'est terriblement ennuyée, elle n'en a même pas reconnu son métier, défiguré. Raison 2 : le rythme effréné d'articles sans aucune profondeur, aucun style d'écriture, aucune valeur ajoutée. Raison 3 : un très mauvais management qui est, au fond, la raison numéro une de son départ car si Chloé peut supporter beaucoup de choses, la bêtise humaine et l'injustice n'en font pas partie. 

                La jeune pousse a catégoriquement refusé de s'enterrer dans un job dépourvu d’intérêt au sein d’une ambiance détestable où le management était plus que minable, où l'intelligence se barrait régulièrement en vacances, même la sienne puisqu'on l'infantilisait sans cesse. Clairement, Chloé a tout de suite détesté la façon de diriger de la nouvelle boss, pistonnée par la précédente, qu'elle appellera ici F. F. n'avait pas les épaules pour ce poste. Ni les épaules ni les compétences. Hyper stressée, elle ne savait pas gérer la pression. En réunion, tout allait trop vite : elle marchait trop vite dans la pièce avec ses talons qui claquaient sur le sol, elle en donnait le tournis, elle touillait trop vite son thé qu'elle renversait X fois sur ses papiers, elle pensait trop vite des idées qui manquaient d'étoffe, d'originalité, de pertinence, elle parlait trop vite au point de bouffer ses mots, elle crachait des ordres inaudibles avec ses pastilles à la menthe dans la bouche pour éviter de reprendre la clope, elle perdait trop vite patience et sang-froid. F. semblait névrosée. Paniquée. Dépassée. Pas à sa place. Elle ne gérait pas la pression ni les responsabilités. Le deadline. Les imprévus. Et elle savait, encore moins, gérer des êtres humains. Elle n'avait aucune bienveillance. Aucun tact. Aucune aptitude à la communication, à la discussion, à la négociation, à l'empathie. F. ne faisait pas confiance à ses salariés. Ni à elle-même, finalement. Elle passait son temps à imposer ses idées, en rabaissant celles d'à côté. A relire tous les mails des journalistes, à exiger systématiquement d’être en copie, à surveiller du coin de l’œil leurs écrans. A les pister en reportage (ça arrivait une fois ou deux dans l’année) pour soigner son réseau et son image mais surtout pour encadrer leur travail, comme si leur capacités intellectuelles et leur présence n'étaient pas suffisantes, ce qui les rendaient illégitimes aux yeux des interviewés. A les noyer sous des corrections enfantines et superficielles, afin d'avoir quelque chose à redire. A ne faire aucun compliment, à faire respecter les horaires à la minute près. A croire que F. n’avait pas assez de boulot pour s’occuper à ce point de celui des autres. F. avait donc beaucoup de points négatifs, certes. Mais Chloé aurait été prête à composer avec F. si elle avait de bonnes intentions, de bonnes idées, de bons contacts, si à défaut d'être une boss compétente, elle était une bonne journaliste. Mais non. 

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A 30 ans et 18 heures

Par Chloé Ivastchenko

Journaliste polyvalente multimédia depuis 2012.

Passée par L’express, Grazia, Webedia, Putsch.

L’encre est ma salive.